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Anna Nilsson, au corps à corps avec le monde.

Titre ironique, uppercut politique : avec « The Show », la metteure en scène Anna Nilsson dénonce notre endormissement face aux souffrances de l’humanité. Le Cirque, un nouveau lanceur d’alerte ? « Avec Anna, notre combat s’incarne de façon tout à fait inédite ! », commente Willy Fautré. Ce défenseur des Droits Humains sera au premier rang pour les Premières du spectacle, du 12 au 21.11.2020, au Théâtre de la Vie, dans le cadre de la SAISON UP! de l’Espace Catastrophe.

THE-SHOW_Petri-Dish_Festival-UP-2020©Kenneth-Rawlinson3-1024x767

Le Cirque peut-il nous réveiller, face à notre société désorientée ? Ludique et politique, la nouvelle création d’Anna Nilsson, de la Compagnie Petri Dish, empoigne un sujet pour le moins inattendu : la dictature en Corée du Nord. On vous voit déjà piquer du nez. Les Arts de la Piste, féeriques et poétiques, sont-ils le meilleur lieu pour faire rimer mouvement physique et engagement politique ? « Evidemment! », tranche Catherine Magis, directrice artistique de l’Espace Catastrophe. « Les circassiens sont des têtes chercheuses, ce sont des globe-trotteurs qui ramènent leurs observations des quatre coins du monde. Anna Nilsson, avec une détermination sans faille, a empoigné un sujet qui la touche de près et elle l’aborde avec ses outils personnels : les Arts du Cirque. »

Anna Nilsson, tourbillon de charme et de détermination, est née en 1980 à Stockholm, dans une société corsetée, et s’en est échappée par le Cirque. D’une certaine façon, le parcours artistique de la jeune femme est politique. « J’ai grandi dans une famille très religieuse », nous confie-t-elle. « Mes parents nous ont élevé très sévèrement. Ce sont des personnes à l’imagination débordante, mais ils étaient à l’époque très investis dans l’église protestante pentecôtiste. À 15 ans, j’ai totalement éclaté nos principes ! Je suis partie de la maison pour rejoindre la section Arts du Cirque du Lycée Vasa, dans la ville de Gävle, à 200 km de chez moi. » Premier effet (magique) du Cirque : « Après mon départ, mes parents ont vraiment changé. Ils ont mûri, ils ont ouvert les yeux sur le carcan qu’ils nous imposaient. Ils m’ont d’ailleurs toujours soutenue dans mes études. »

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Une prison pour pays

Rien d’étonnant, dans cet élan, à ce qu’Anna s’intéresse aux notions des Droits Humains. « Avec le recul, je me dis que je porte « The Show » en moi depuis mon adolescence », réfléchit-elle. « Enfant, j’avais la phobie de la prison. Un jour, j’ai dit à ma mère que je n’irais heureusement jamais en prison, puisque je ne faisais pas de bêtises. Ma mère m’a répondu qu’il y avait des gens qui se retrouvaient en prison sans faire de bêtises, comme les opposants politiques. Depuis cet échange avec ma mère, j’étudie la Corée du Nord. C’est-à-dire à un pays qui est une prison. Entièrement. Et c’est comme ça depuis 70 ans. C’est la plus vieille dictature au monde. Avec « The Show », ma question est d’interroger par quel étrange phénomène nous fermons si facilement les yeux sur la douleur qui nous entoure – en Corée du Nord ou à deux pas de chez nous. »

Fausse piste de penser que le sujet de la Corée s’est imposé par amour – le mari d’Anna est né en Corée du Sud. « Au contraire ! », réagit Anna. « Mon mari m’a supplié de changer de sujet à plusieurs reprises. Il estimait que c’était trop complexe, qu’on ne connaissait pas assez le pays se frotter à pareil défi. » Inutile de préciser qu’Anna n’a pas dévié de sa route. « On s’est pris le chou », rigole-t-elle, « mais j’ai fini par le convaincre, notamment en l’invitant aux répétitions… »

Et qu’y a-t-il vu ? S’il faudra attendre la première, en novembre, pour tout découvrir, quelques témoins privilégiés lèvent un petit coin du voile. « On est à fond dans une écriture circassienne, qui explore toutes les dimensions de l’espace, verticales et horizontales, avec trois interprètes exceptionnels », nous titille Catherine Magis, dont l’Espace Catastrophe soutient passionnément ce « Show » d’un autre genre. « Si tous les arts sont conviés – théâtre, danse, arts plastiques, vidéo –, l’atmosphère est pleinement cirque, avec une très impressionnant travail physique réalisé avec les trois interprètes au plateau. »

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Plusieurs shows en un

De l’aveu même d’Anna, « The Show », c’est « plusieurs spectacles en un seul ». Avec ses précédents spectacles, réalisés avec Sara Lemaire, l’artiste nous a habitué aux scénographies étonnantes : on se souviendra des machines étranges et autres jeux de dominos qui peuplaient Expiry Date (2015), des végétaux qui envahissaient le salon de Driften (2016) ou encore de la caravelle exposée à la tempête dans Walhalla (2018). Cette fois, tabula rasa, Anna Nilsson a souhaité que « ce soit le plus blanc possible ». Mais ne vous y trompez pas : les projections vidéo, signées Jo Ackermans, donneront à cette espace des dimensions infinies et des perspectives inattendues.

En scène, cela parlera, chantera, fera de la musique ou escaladera un grand « plastique aérien ». Ce tissu aérien d’un autre genre est une création de Leila Koeckenberger, qui partage le jeu avec Jef Stevens, le doyen le plus dynamique de nos scènes (il a 73 ans) et Aliénor H., qu’on avait déjà pu suivre, médusé, dans Expiry Date.

« J’avais été ébouriffée comme spectatrice par « Walhalla », et je dois bien dire que c’est passionnant de suivre la création de « The Show » comme programmatrice ! », sourit Peggy Thomas, qui dirige le Théâtre de la Vie. « Anna Nilsson est une incroyable artiste. Elle veut témoigner de son ébahissement face au monde. Et elle veut trouver comment sa discipline peut participer au changement. Elle fera tout pour apporter sa petite pierre de consolation. » Car oui, pour Peggy Thomas, tout art est politique : « Aujourd’hui, les artistes sont de plus en plus tout-terrain et compétents. Qu’ils choisissent le théâtre, la danse, le cirque ou une autre discipline, ils ont tous un langage très ouvert et une formation de plus en plus large. En tant que programmatrice, c’est passionnant d’accompagner cette forme d’excellence, qui a un regard dynamique et politique sur le monde. »

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Cirque et Droits Humains

Cet élan militant permet de créer des ponts inattendus avec la société civile. Au cours de la création, Anna Nilsson a ainsi contacté – et convaincu – Willy Fautré, fondateur de l’organisation Droits Humains Sans Frontières, spécialiste de la question nord-coréenne.

« Anna m’a un jour envoyé un mail qui me parlait de son idée d’un spectacle de Cirque sur la Corée du Nord », nous explique-t-il. « Je dois bien avouer que je n’y ai pas trop prêté attention, mais elle a insisté ! Elle a bien fait. Je n’aurais jamais imaginé qu’un lien soit ainsi possible entre Cirque et Droits Humains. C’est un challenge ! » Résultat, Willy Fautré a plongé tout habillé dans l’aventure. Il a régulièrement échangé avec Anna à propos d’informations de première main et donné ses retours sur les étapes de travail. « J’ai notamment pu conseiller Anna à propos d’un livre exceptionnel, titré « La dénonciation. Ce livre est signé par un auteur nord-coréen dont le pseudonyme est « Bandi », ce qui veut dire « luciole », comme un petit espoir dans la nuit. Sous formes de fables, il dépeint, avec humour parfois, le système totalitaire en Corée du Nord. Cela a été une clé importante pour amener une forme de dérision dans le sujet très sombre du spectacle – car l’humour et la résistance individuelle sont vraiment les seules armes disponibles en Corée du Nord. »

 

Réveiller les consciences, interroger notre indifférence : « En fait, « The Show » incarne le même combat que nous, de façon tout à fait originale. Le message passe par d’autres canaux ! », se réjouit encore Willy Fautré. « Notre association fait des communications à l’ONU, publie des articles, signe des pétitions, participe aux conférences du Parlement Européen… Avec Anna, le combat s’incarne de façon tout à fait inédite ! ».

Le Cirque contemporain a décidément rompu avec la poudre aux yeux et les paillettes. Et ses artistes ne comptent pas laisser le monde hypnotisé par la peur – car ils préfèrent l’action.

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The Show

Dans le cadre de la SAISON UP! de l’Espace Catastrophe

Du 12 au 21.11.2020 à 20h

Théâtre de la Vie [Bruxelles]

★ Infos & Tickets : https://upfestival.be/spectacle/the-show/

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★ Le spectacle se jouera ensuite 

  • Du 30.03 au 03.04.2021 @ Théâtre de Poche – Bruxelles

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★ Diffusion & gestion des tournées : Espace Catastrophe

diffusion@catastrophe.be | + 32 (0)2 538 12 02

https://diffusion.catastrophe.be/spectacles/the-show/